Pour beaucoup de personnes, la soie est simplement un tissu élégant. Un textile doux, lumineux, parfois associé au luxe.
Mais pour moi, la soie est bien plus que cela.
La soie est une mémoire.
La soie est un paysage.
La soie est une histoire de famille.
Avant d’être un produit, avant d’être un projet entrepreneurial avec BAHOR, la soie faisait déjà partie de ma vie. Elle était là dans mon enfance, dans mon village, dans les gestes de ma mère, dans les saisons agricoles, dans les nuits où nous nourrissions les vers à soie.
Aujourd’hui, j’ai envie de partager avec vous cette histoire. Parce que derrière chaque produit en soie, il y a des vies humaines, des traditions et des souvenirs.
Par ce texte, j’ai envie de vous faire voyager dans mon enfance, loin de la France et loin de la capitale Tachkent.
Je suis née et j’ai grandi dans une région rurale de l’Ouzbékistan, où la vie était simple mais exigeante. Là-bas, les enfants apprennent très tôt à participer à la vie de la maison.
Quand j’avais l’âge de raison, vers sept ans, je savais déjà faire beaucoup de choses.
Je savais faire le ménage.
Je savais traire la vache.
Je savais cuisiner au feu de bois.
Dans notre village, c’était normal. Les enfants apprenaient très tôt à être responsables.
Les filles, surtout, étaient préparées à devenir de bonnes épouses et de bonnes mères.
Mais j’ai eu une mère particulière. Une mère qui avait une force intérieure immense.
Ma mère portait en elle une colère silencieuse.
Une colère née d’une injustice.
Elle n’avait pas eu la chance de continuer ses études. Après l’école primaire, après l’équivalent du CE2, personne ne l’avait soutenue pour aller plus loin.
À cette époque, dans certains villages, l’éducation des filles n’était pas toujours une priorité.
Cette frustration l’accompagnait toute sa vie.
Peut-être pour cette raison, elle ne m’obligeait pas à aller travailler dans les champs quand je refusais.
Bien sûr, je participais à la vie de la maison, mais elle ne voulait pas que mon avenir se limite à cela.
Elle voulait autre chose pour moi.
Ma mère cousait énormément.
Elle cousait pour oublier les problèmes.
Elle cousait pour rêver.
Elle cousait pour panser ses blessures.
Dans notre maison, la couture était plus qu’un travail. C’était presque une thérapie.
Les femmes du village venaient souvent la voir. Elles venaient parler de leurs difficultés, de leurs familles, de leurs inquiétudes.
Ma mère écoutait longtemps.
Parfois même, elle quittait la maison en se précipitant pour aider à régler un problème chez une voisine.
Elle n’était pas seulement couturière. Elle était aussi une confidente.
Parmi tous les tissus que nous utilisions, certains étaient particuliers.
C’étaient les tissus en soie.
Quand nous travaillions la soie, l’atmosphère était différente.
La soie est douce.
La soie est lumineuse.
La soie est vivante sous les doigts.
Même enfant, je ressentais cette différence.
Travailler la soie était un plaisir.
Bien sûr, à l’époque, mes finitions n’étaient pas parfaites. Aujourd’hui, trente ans plus tard, mon regard et mes gestes ont beaucoup évolué.
Mais cette sensation de beauté et de respect pour la matière était déjà là.
Mon enfance a été marquée par deux grandes cultures agricoles : le coton et la soie.
En Ouzbékistan, le coton a longtemps occupé une place centrale dans l’économie.
Les enfants participaient parfois aux récoltes. C’était une réalité de la vie rurale.
Mais il y avait aussi une autre activité importante : l’élevage des vers à soie.
C’est une activité que beaucoup de gens ne connaissent pas.
Pourtant, derrière chaque tissu de soie, il y a ce travail patient et discret.
La saison de l’élevage des vers à soie arrivait généralement en mai et en juin.
Elle durait 42 jours très intenses.
Les vers à soie doivent être nourris toutes les deux heures avec des feuilles de mûrier fraîches.
Les feuilles doivent être propres, humides, bien préparées.
C’est un travail minutieux.
Toute la famille participait.
Jour et nuit, il fallait s’occuper des vers à soie, surveiller leur croissance, leur environnement, leur alimentation.
Quand on est enfant, on ne réalise pas toujours l’importance de ce travail.
Mais avec le temps, j’ai compris que ce savoir-faire faisait partie d’une tradition très ancienne liée à la Route de la Soie.
Après plusieurs semaines de croissance, les vers à soie commencent à tisser leur cocon.
C’est un moment fascinant.
Ces petites créatures fragiles produisent un fil extrêmement fin et résistant qui formera le cocon de soie.
Ce cocon deviendra ensuite la matière première du tissu de soie.
Quand on regarde un simple tissu en soie, on imagine rarement tout ce travail en amont.
Pourtant, chaque fil porte l’histoire de la nature, du temps et du travail humain.
À la fin de la saison, nous apportions les cocons de soie pour les vendre au kilo.
C’était un moment important pour les familles.
Et ce jour-là, il y avait une petite récompense.
Nous avions le droit d’acheter une glace.
Cela peut sembler simple, mais pour nous, c’était un vrai moment de bonheur.
Une fois par an, nous allions au centre-ville de Gurlan.
Je me souviens encore de ces journées.
Avec les années, j’ai commencé à regarder la soie autrement.
Ce n’était plus seulement un tissu.
C’était le résultat d’un écosystème entier :
— les mûriers
— les vers à soie
— les familles qui les élèvent
— les artisans qui transforment la fibre
— les couturières qui donnent vie aux vêtements
La soie naturelle est une matière profondément humaine.
Elle demande du temps, de la patience et du savoir-faire.
Aujourd’hui, plus de trente ans après mon enfance, je travaille toujours avec la soie.
Mais mon objectif a évolué.
À travers le projet BAHOR, je souhaite :
— valoriser la soie ouzbèke
— soutenir les artisans
— transmettre les savoir-faire
— créer un pont entre l’Ouzbékistan et l’Europe
La soie devient alors un lien culturel et humain.
Elle raconte une histoire.
Mon histoire.
La soie naturelle possède des qualités extraordinaires qui expliquent pourquoi elle traverse les siècles.
La soie est :
— douce pour la peau
— naturellement respirante
— thermorégulatrice
— durable
— élégante et intemporelle
C’est pour cela que nous proposons notamment des taies d’oreiller en soie, inspirées de cette tradition et adaptées à la vie moderne.
Dormir sur de la soie, ce n’est pas seulement choisir un tissu.
C’est choisir une histoire, un savoir-faire et une matière vivante.
Quand je repense à la petite fille que j’étais, dans un village d’Ouzbékistan, je n’aurais jamais imaginé que la soie deviendrait un jour le cœur de ma mission.
Pourtant, tout était déjà là :
— la couture,
— la patience,
— le travail de la terre,
— et la beauté simple des choses faites avec soin.
Aujourd’hui, à travers BAHOR, je souhaite simplement transmettre cela.
Parce que la soie n’est pas seulement un tissu.
La soie est une histoire humaine.
Et cette histoire continue.